Nous avons pris le large. Largué les amarres.
Nous sommes partis en voyage, les yeux ouverts pleins d'embruns, la bouche pleine de nuages, les bras allongés comme des ailes.
Nous avons épousé le ciel infini et l'océan insondable, nous nous y sommes mêlés, mêlés et emmélés aux éléments.
Elle a eu ce beau regard bienveillant. Pas attendri, pas compatissant, pas complaisant. Bienveillant. Qui dit "je sais je vois je comprends j'accepte et si je pouvais changer quelque chose je le ferais". Et qui, en le disant, le fait. Elle a eu ce geste qu'il faut, quand il faut, comme il faut. De prendre ma main, de l'attirer, en soulevant à peine, main ouverte, paume découverte, les dernières phalanges. J'ai couru entre ses doigts accueillants comme un fugitif plonge, avec la confiance du désespéré, sous un porche sombre qui échappe au regard de ses poursuivants. Et puis, apprivoisé, elle m'a attiré au fond rassurant de la familiarité, celle qui nous gagne. Alors, tout est redevenu possible. Reparler de choses simples, banales, quotidiennes. Restituer la place de la porte du temps. Savoir dans quel sens l'ouvrir, de quel côté nous nous trouvons.